La route du retour*

photo lesbeauxquartiers

Le 31 décembre, nous avons bouclé nos sacs, jeté un dernier coup d'œil sous le canapé et dans les placards, soupiré un bon coup, et fermé la porte de notre petit appartement de Willow Road une dernière fois. Le taxi nous attendait juste devant. Nous avons chargé nos sacs dans le coffre, regardé les arbres du Heath qui brillaient dans cette lumière du matin, et hop, direction l'agence immobilière pour y laisser la clef. Cinq minutes plus tard, nous n'habitions plus à Londres. Une belle parenthèse de quatre ans et six mois venait de se fermer.

photo lesbeauxquartiers

Nous n'avons pas pris le chemin le plus court pour rentrer. Mais après deux semaines de vacances, quatre avions et un Eurostar, nous sommes enfin arrivés devant notre porte parisienne. En réalité, nous n'étions qu'au début de la route.

photo lesbeauxquartiers

Nous avons retrouvé notre appartement, nos affaires, nos amis. Nous sommes rentrés dans la ville d'où nous étions partis.

Il a fallu se réhabituer à ce que l'on s'adresse à nous en français dans les boutiques et les restaurants. Se réhabituer à regarder dix fois avant de traverser même si le feu piétons est vert, à se faire bousculer sur les trottoirs. Il a fallu s'habituer à cette sensation de temps ralenti et de pesanteur qui plombe la ville depuis l'an dernier. Il a fallu oublier le réflexe d'aller dîner au pub, de papoter avec les serveurs, de s'arrêter pour dire bonjour aux chiens et à leurs maîtres que l'on croise dans la rue, d'aller voir à l'épicerie pakistanaise s'ils n'ont pas le truc qui nous manque (ils l'ont).

Quatre mois plus tard, notre œil reste surpris par l'uniformité des tenues et des couleurs, notre oreille heurtée par les coups de klaxon et les critiques à haute voix, nos poumons en manque d'arbres. Notre cœur saute encore de joie à chaque nouvelle invitation à un verre, un dîner, un café. Nos amis nous ont manqué.

Nous ne sommes plus surpris de nous réveiller ici le matin, mais nous ne sommes pas encore complètement rentrés. La route du retour est longue.


* ce titre est emprunté à un de mes écrivains préférés, un des trop nombreux artistes disparus en ce début d'année. Si ce n'est déjà fait, jetez-vous sur Dalva, La route du retour, et toutes les autres merveilles qu'a écrites Jim Harrison.